Cahiers d’anciennes chansons

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Dors mon chéri

dimanche 3 août 2008, par J.-C. Raymond


Introduction

La version de la chanson présentée dans cet article est celle que nous avons trouvée dans le cahier de Benjamin Champalloux. A elle seule et plus que toutes les autres réunies, elle a suscité le plus grand nombre de courriers. Certains nous signalent des variantes qui s’ajoutent à celles rencontrées dans les cahiers. Les notes associées aux mots surlignés indiquent ces variantes. Nous ne signalons pas les variantes résultant de fautes d’orthographe.

Les différentes versions sont :

  • Benjamin Champalloux (la première rencontrée choisie de ce fait comme version de référence) ;
  • Enrico Tron (ce dernier devait être bilingue. Des variantes s’écartent du français. Son cahier est daté de 1898. Voir le site La Cantarana. Notre comparaison n’a porté que sur les 2 premiers couplets. D’aileurs le découpage chez Tron Enrico est différent de celui de Benjamin Champalloux. Les couplets ne comportent que 4 vers au lieu de 8 et il n’y a pas de refrain.

Paroles de la chanson

Dors, mon chéri [1]


1er couplet

C’était un soir dans une chambre rose
Un frais bambin [2] dormait dans son berceau
Il souriait la lèvre [3] à ; demi close [4]
Car dans son rêve il voyait un drapeau
Les étrangers [5] reculaient en déroute
Devant [6] l’ardeur de nos [7] vaillants soldats
En s’éveillant [8] il dit maman écoute
N’entend(s-) tu pas du canon le fracas

Refrain

De t’éveiller il n’est pas l’heure encore
Disait la [9] mère à son [10] enfant chéri
Dors mon mignon dors bien jusqu’à l’aurore
Je te dirais[sic] quand viendra l’ennemi (bis).

2e Couplet

Dis(-)moi maman où donc est petit père
Est-il deja[sic] parti pour le combat [11]
Je voudrais bien aussi faire la guerre
A mon pays offrir [12] mes faibles bras
Non mon ami reste auprès de ta mère
Ton père est loin c’est assez de douleurs
Il reviendra bientôt la mine fier[sic]
Pour t’embrasser toi qui fait[sic] son bonheur.

Refrain

De t’éveiller il n’est pas l’heure encore
Disait la mère à son enfant chéri
Dors mon mignon dors bien jusqu’à l’aurore
Je te dirais[sic] quand viendra l’ennemi (bis)

3e Couplet

A ce moment, elle vit apparaître
Son pauvre époux qui tout couvert de sang
Vint tomber mort auprès de sa fenêtre
Près de son fils qui pleurait maintenant
Son meurtrier le suivait mais la mère
D’un long couteau lui frappa en plein cœur
Quand un hulan [13][sic] survint dans la chaumière
Et la frappa de son sabre vainqueur.

Refrain

De t’éveiller il n’est pas l’heure encore
Dit en mourant la mère à son chéri
Dors mon mignon dors bien jusqu’à l’aurore
Et ne craint rien l’Allemand est parti (bis)

4e Couplet

Sous le cyprès dans un coin du village
On voit parfois un soldat s’arrêter
Au pied d’un Christ recouvert de feuillage
Il s’agenouille et semble méditer
Quand son regard se tourne vers la plaine
De ses grands yeux coule(nt) des larmes [14] brulant(e)s[sic]
C’est qu’il revoit l’Alsace et la Lorraine
Le sol natal [15] perdu depuis vingt ans [16].

Refrain

Du grand réveil, il n’est pas l’heure encore
Dit l’orphelin à ses parents chéris
Dormez en paix dormez jusqu’à l’aurore [17]
Nous sommes prêts à venger le pays (bis) Fin

La parole à nos visiteurs

Remerciements

Je tiens à remercier ceux qui nous livrent leurs souvenirs et leurs témoignages. Sans ses témoignages ce sont des parties de l’histoire qui risquent de disparaître. Ces chansons anciennes rappellent souvent des souvenirs d’enfance, parfois estompés et fragmentaire qui peuvent revivre grâce à l’apport de chacun, souvenirs de parents ou grands-parents. Cette chanson semble avoir eu une large audience puisque nous savons déjà qu’elle était chantée en Poitou, dans la région de Cambrai mais aussi au Québec. Elle est la plainte des gens humbles et démunis en face des envahisseurs.

Témoignage de Jean-Pierre Sedent

Mon arrière grand’mère s’appelait Julia DELACOURT et était née le 7 février 1875 à CATTENIERES (59).

J’ai pris connaissance avec grand plaisir de votre site Internet où j’ai eu la très grande surprise de retrouver une partie des paroles de la chanson que me chantait mon arrière grand’mère pour m’endormir : dors mon chéri.
Vous imaginez mon émotion !
 Cette chanson devait être très connue au début du XXème siècle puisque mon arrière grand’mère n’a jamais quitté CATTENIERES son village natal. J’ignore le moyen par lequel cette chanson lui a été apprise, mais il se peut que ce soit par son mari Jules Prosper FONTAINE né le 22 septembre 1873 à ESTOURMEL (59) qui l’aurait lui-même apprise au cours de son service militaire. Ce ne sont que des suppositions de ma part, mais sa date de naissance permet de situer ce service militaire aux environs de 1892, soit une vingtaine d’année après la défaite de 1870 et sauf pour effectuer le service militaire, on ne sortait guère du village à cette époque…
A cette époque, il était également courant de posséder un cahier de chansons que l’on utilisait dans les grandes occasions, les mariages par exemple ou les communions.

Fin des années 1940 et début des années 1950 on ne s’embarrassait pas de psychologie… On endormait encore un enfant avec des paroles et surla musique d’une chanson revancharde transmettant ainsi le patriotisme. Il est vrai que la « dernière » venait tout juste de se terminer !
Vous imaginez l’effet produit… Si certaines paroles se sont effacées de ma mémoire, la musique y est restée gravée à tout jamais et en relisant le 1er couplet et le refrain de cette chanson, je me suis aussitôt mis à la fredonner. J’en avais les larmes aux yeux…

Monsieur Raymond, vous avez pu retrouver des informations sur la chanson « la valse brune », celle-ci étant encore très connue de nos jours. Pour ce qui concerne « dors mon chéri », je suis en mesure de fournir la musique que j’ai toujours en tête.
Pour vous prouver ma bonne foi alors que je ne dispose pas du texte complet de cette chanson qui comporte comme vous le dites 4 couplets évolutifs sur le cahier de Benjamin Champalloux, voici les paroles dont je me rappelle et que vous devez retrouver dans un couplet :
d’un grand couteau d’un seul coup l’acheva...
son pauvre époux qui tout couvert de sang...
et ne crains rien l’allemand est parti...

Je crois que la scène devait être la suivante : la femme voyait passer sous sa fenêtre son pauvre époux qui tout couvert de sang. Il était poursuivi par un allemand qui d’un grand couteau d’un seul coup l’acheva...

Vous dites rechercher des informations sur ces chansons et je suis en mesure de vous aider pour ce qui concerne la musique de « dors mon chéri » et ce serait avec le plus grand plaisir.
Merci Monsieur Raymond d’avoir mis en ligne le 1er couplet et le refrain de la chanson qui a bercé mon enfance [18].

Jean-Pierre Sedent

2007-03-09

Notes

[1] d’après le cahier de Benjamin Champalloux

[2] frais bambin — Tron Enrico : vrai bonheur.

[3] la lèvre — Tron Enrico : par ses lèvres.

[4] demi closes — Tron Enrico : micloses.

[5] étrangers — Adolphe Dutartre : ennemis.

[6] devant — Tron Enrico : à.

[7] de nos — Tron Enrico : de ces.

[8] s’éveillant — Tron Enrico : en réveillant.

[9] la — Adolphe Dutartre : une

[10] son — Adolphe Dutartre : un.

[11] le combat — Adolphe Dutartre : les combats.

[12] offrir — Adolphe Dutartre : donner.

[13] uhlan et non hulan. Ce mot provient du turc öglän qui désigne un jeune homme, un gaillard. Passé chez les Tatares, oglan désigne un cavalier équipé d’une lance, équivalent des lanciers en France. Au départ principalement polonais, ils servirent la Prusse et l’Autriche au XIIe siècle. Il y eut des régiments uhlans dans l’armée française entre 1743 à 1762.

Pendant la première guerre mondiale l’Allemagne disposait de 26 régiments d’Uhlans. Ils ont été dissous entre 1918 et 1919.

Les Uhlans contribuèrent-ils à écraser la cavalerie française à Reichshoffen (1870-08-06) ? Lire Souvenirs de la bataille de Reichshoffen : témoignage du soldat Albigès ? Le mot uhlan désignait pour mes grands-parents des soldats redoutables et sanguinaires.

[14] larmes — Adolphe Dutartre : pleurs.

[15] natal — Adolphe Dutartre : béni.

[16] Ce vers dit Le sol natal perdu depuis vingt ans ; on peut penser que la chanson a été écrite vers 1890-1891.

[17] Dormez en paix dormez jusqu’à l’aurore — Adolphe Dutartre : Dors mon mignon dors bien jusqu’à l’aurore.

[18] Toutes les paroles du cahier de Benjamin Champalloux ont été publiées ci-dessus depuis la lettre de M. Sedent.

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